Existe-t-il des crypto d’état ou de gouvernement ?

Les monnaies virtuelles ont connu une montée spectaculaire en début 2021. Pour bloquer leur impact et l’expansion de certaines monnaies comme le bitcoin, des Etats ont pris l’initiative de tester et de lancer leurs propres monnaies. L’une des intentions qui motivent leur action est la facilitation de la conception d’un nouveau procédé de paiement accessible par le biais d’un smartphone. Pour y parvenir, ces États ont mis en place des mesures drastiques pour contrer leur population de sorte que cette dernière ne puisse avoir recours aux devises cryptographiques. Existe-t-il des cryptomonnaies pour États ou gouvernements ?

Cryptomonnaies : Le cas de la chine

Cryptomonnaies - La chine ne digère pas le Bitcoin
Cryptomonnaies – La chine ne digère pas le Bitcoin

La chine a interdit aux structures financières de proposer des services relatifs aux cryptodevises. Le pays a également mis en place des politiques pour entraver le minage du bitcoin sur son territoire. Or, cette activité est nécessaire pour l’authentification des opérations en cryptomonnaie sur la blockchain. Elle peut contribuer également à assurer la sécurisation du réseau décentralisé. Les distributeurs d’électricité sont donc contraints d’interrompre l’approvisionnement en énergie des mineurs surtout dans la région du Sichuan. L’enjeu majeur réside dans la prise en main du contrôle monétaire. En ce moment même, Pékin teste l’e-yuan. Cette forme de monnaie est une crypto d’État.

Il faut noter que la chine n’est pas le premier pays qui s’est engagé dans l’aventure des monnaies numériques. Avant elle, il y a eu les Bahamas et puis l’Équateur qui, dès fin 2014, ont commencé par faire l’expérience du Dinero Electrónico. Cette monnaie numérique est la première qui soit soutenue par un État. L’expérience de cette devise a duré plusieurs années jusqu’en 2018. L’objectif était de permettre aux personnes qui ne disposent pas de compte bancaire de faire des paiements avec leur téléphone intelligent dans les supermarchés, les pharmacies et d’autres agences. Malheureusement, le projet a pris fin pour n’avoir pas connu le succès espéré.

CZ et Frank Houbre de Binance dans la crypto-monnaie

Cryptomonnaies : Les États à l’assaut des monnaies virtuelles et des initiatives privées

Une monnaie numérique émise par la banque centrale d’une nation n’est qu’une représentation virtuelle d’une devise fiduciaire d’un État. Néanmoins, la cryptomonnaie est une monnaie virtuelle dont l’échange se fait de pair à pair en dehors des banques et d’un mécanisme étatique. Aussi, la Banque des Règlements Internationaux (BRI) a précisé qu’alors que 80 % des banques centrales évaluaient le sujet, 10 % en étaient au stade du projet pilote.

En ce qui concerne les initiatives privées, certains médias sociaux, particulièrement Facebook a manifesté son intention de lancer sa propre monnaie virtuelle. Il s’agit du Libra devenu le diem. Cette intention du réseau social a suscité l’embarras des banquiers centraux et des États qui ont contribué à limiter la portée du projet par des acteurs privés. Le géant américain a fait son annonce en juin 2019. Ladite annonce a contribué à nourrir la réflexion des banques centrales sur des devises numériques sauf que jusqu’à présent, le diem peine à naître.

Quelques pays qui prévoient la création d’une cryptodevise

Plusieurs pays comme le Royaume-Uni, l’Inde et le Japon travaillent à la mise sur pied d’une monnaie virtuelle contrôlée par leur banque centrale. La crise sanitaire mondiale qui a entraîné la baisse de l’usage de l’argent en espèces comme moyen de paiement n’a fait qu’encourager le projet. Les principaux défis d’une telle devise sont axés autour de son accessibilité, la fiabilité du réseau et la protection des données. La Banque d’Angleterre BoE et le trésor de la Grand Bretagne ont par exemple initié un groupe de travail pour l’évaluation de la possibilité et l’intérêt d’activer une cryptodevise. Ce dernier pouvant permettre la réalisation des transactions sans passer par des banques commerciales.

Le cas de l’Australie, de la Russie et du Japon

Cryptomonnaies - Le Japon n'est pas contre les cryptodevises
Cryptomonnaies – Le Japon n’est pas contre les cryptodevises

L’Australie de son côté projette une devise numérique dont la base va s’appuyer sur la technologie de la Blockchain Ethereum selon les informations relayées par la presse. Dans le cadre de ce projet, le pays a validé une collaboration avec la firme américaine Consensys qui elle, est réputée dans la technologie blockchain. Du côté de la Russie, la Banque centrale de la Fédération de Russie compte procéder au lancement d’un prototype de la version numérique du rouble d’ici fin 2021. Le Japon quant à lui a enclenché une phase expérimentale depuis peu. Une seconde va suivre l’année prochaine pour définir les fonctions clés d’un yen numérique et les éléments qui vont servir de pont entre la banque centrale du pays et les propriétaires de dépôts.

Le cas de la Corée du Sud et de l’Inde

Tout comme les autres pays, la Banque centrale de la Corée du Sud a de son côté émis l’intention de trouver un distributeur de technologie grâce à un appel d’offres, pour la construction d’une plateforme pilote pour une cryptomonnaie. En Inde, une devise virtuelle est en train d’être matérialisée de façon progressive. Les démarches sont donc en cours et le projet pourra voir le jour dans un futur très proche. Tout est mis en œuvre afin que la monnaie réponde aux objectifs.

La cryptomonnaie au Vietnam et au Brésil

Le Vietnam œuvre également sur un projet de monnaie virtuelle. Il en est de même pour le Brésil qui réfléchit déjà pour se joindre à la liste. En effet, la banque centrale de ce pays a confié les directives générales et la structure d’une future devise numérique brésilienne.

Des projets en voie de finition en Afrique et au Moyen-Orient

Les États africains ne sont pas restés en marge de cette révolution numérique. Ces derniers sont également à pied d’œuvre pour l’instauration d’une monnaie numérique de banque centrale. C’est le cas par exemple de l’Afrique du Sud et du Kenya. Le Nigéria également est en train d’élaborer un projet pilote qui pourrait être lancé dès fin 2021. S’en suit le Ghana qui projetait de commencer le déploiement d’un e-cedi à partir de septembre 2021. Au Maroc, pour finir, la Banque centrale a instruit un comité de procéder à l’identification et à l’analyse des avantages et risques d’une cryptomonnaie.

En ce qui concerne le Moyen-Orient, les pays comme Israël par exemple travaillent à mettre en place un shekel numérique. C’est le cas également des Émirats arabes unis qui eux aussi ont l’intention de lancer leurs monnaies virtuelles dans 5 ans.

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Le bitcoin comme monnaie officielle dans le Salvador

En lieu et place d’une nouvelle monnaie propre à ce pays, l’État de Salvador a préféré faire du Bitcoin sa monnaie officielle. Il se classe au même titre que le dollar américain qui demeure la seule devise légale dans le pays. C’est le premier État au monde à donner un tel statut à cette cryptomonnaie. Le chef de cette contrée a même ajouté que chaque citoyen du pays recevrait 30 dollars en bitcoin s’il s’inscrit sur la plateforme appelée « Chivo ».

D’un autre côté, le FMI et la Banque mondiale ont averti le pays par rapport à la volatilité du bitcoin et son adoption pour les opérations de tous les jours. Cependant, le Président du Salvador entend connecter son État avec le reste du monde et œuvrer pour la stimulation de l’économie du pays avec la cryptomonnaie. Le choix est assez audacieux et n’est pas très approuvé par les grands Etats du monde qui eux, sont soucieux de conserver la maîtrise de leur monnaie qu’elle soit virtuelle ou non.

Cryptomonnaies : Les différentes expérimentations au niveau de l’Union européenne

Cryptomonnaies - L'e-euro est un projet en cours d'étude
Cryptomonnaies – L’e-euro est un projet en cours d’étude

Il faut retenir que la Chine fait partie des États à jour par rapport aux projets de monnaie virtuelle de Banque Centrale (MNBC). Selon les dernières nouvelles, Pékin confie être quasiment à la fin de ses essais du yuan. En ce temps, plus de 5 milliards de dollars d’opérations se réalisent via cette monnaie selon RFI. Il faut dire que la banque centrale de la Chine n’a pas précisé de calendrier sur son lancement officiel, mais l’e-yuan pourrait être fonctionnel lors des Jeux olympiques de Pékin 2022. Les visiteurs étrangers pourront en faire usage pour leurs dépenses.

Cryptomonnaies : L’euro virtuel prévu pour 2025-2026 dans les pays de l’Union européenne

L’euro virtuel a été annoncé par la Banque centrale européenne. Le projet de création de cette monnaie prévoit une phase d’étude d’environ 2 ans qui doit prendre en compte des préférences des usagers et des instructions techniques des vendeurs et des intermédiaires. L’objectif ici est de mettre sur pied une devise virtuelle de banque centrale sans risque ; accessible, performante qui serait disponible parallèlement aux espèces sans pour autant les remplacer. Pour cette banque, l’objectif est d’être à jour au bout de ces deux ans ; de sorte à commencer à développer un euro virtuel. C’est donc dire que les Etats pourraient lancer l’euro numérique entre 2025 et 2026.

La Suède envisage la conception de l’e-krona

D’un autre côté, la Suède a aussi lancé le projet pilote pour la mise au point d’une monnaie numérique publique ; en association avec le cabinet de conseil américain Accenture. Le pays a commencé des travaux sur un projet d’e-krona il y a 4 ans. En 2021, la banque centrale de la Suisse maintient la poursuite des expérimentations ; en vue de l’évaluation des effets qu’aurait l’instauration d’une couronne suédoise virtuelle sur l’économie et la société.

Cryptomonnaies : Des projets pilotes pour un dollar virtuel aux États-Unis

En Amérique, ce n’est pas d’un projet qu’il s’agit ; mais de plusieurs projets conçus pour se mettre en activité en 2021. Au nombre des projets, on peut citer : le Digital Dollar Project qui est une idée issue d’une entente entre Accenture et le Digital Dollar Fondation. De même, cinq projets ont été financés pour terminer les 12 prochains mois ; et pouvant permettre de mettre en place une autre monnaie numérique. La vision qui motive la conception de cette monnaie réside dans la production des données pour l’éclaircissement des décideurs américains sur le projet.

Il faut dire par ailleurs que la Réserve fédérale et la banque centrale des États unis travaillent depuis l’année dernière pour la construction d’une plateforme dédiée à un dollar numérique. L’objectif poursuivi par les responsables dudit projet est de parvenir à un système numérique juste et sans équivoque. Jusqu’à preuve du contraire, le dollar physique reste la monnaie la plus utilisée de par le monde.

Cryptomonnaies et Etats : le Sand Dollar rendu disponible par les Bahamas en 2020

Les Bahamas n’ont pas perdu du temps pour emboîter le pas à la Chine. Ils ont en effet mis sur pieds le Sand dollar : une monnaie numérique créée depuis octobre 2020 dans l’archipel de 700 îles. Cette contrée est difficilement accessible aux banques commerciales qui peinent des fois à y étendre leurs services. De plus, tout le monde n’utilise pas la carte de crédit. La valeur de cette monnaie s’aligne sur celle du dollar comme c’est le cas du dollar bahaméen. L’offre de cette cryptomonnaie se base sur des distributeurs mandatés par les autorités monétaires.

Six agences, à jour en matière de cyber sécurité en fin d’année dernière, ont pu avoir l’agrément pour la distribution des Sand dollar dans les portefeuilles mobiles. D’autres structures bancaires ont rejoint la course en début de cette année. Il faut retenir de manière globale que tous les les États n’acceptent pas unaniment les cryptodevises malgré leur succès. Toutefois, ces derniers se rendent à l’évidence que ce sont des outils utiles pour booster l’économie d’un pays et contribuer au développement. À l’image du Salvador, chaque pays devrait envisager l’insertion de sa monnaie numérique dans les défis économiques auxquels il fait face. Il devrait également permettre l’accès des populations à ces devises. Il en va de la visibilité de l’État concerné et sa connexion interplanétaire avec les autres pays du monde.

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