TVA et dropshipping : le guide complet pour être en règle en France
TVA, IOSS, OSS, seuils d'importation : tout ce que vous devez savoir sur vos obligations fiscales en dropshipping en France, mis à jour avec les précisions BOFiP 2026.
La TVA est l'un des sujets les plus redoutés des dropshippers débutants, et l'un des plus mal compris. Beaucoup pensent qu'en restant sous le seuil de la micro-entreprise, ils n'ont rien à faire. D'autres pensent que la TVA ne s'applique pas à eux parce qu'ils achètent en Chine. Les deux ont tort, partiellement ou totalement.
Ce guide fait le tour de ce que vous avez réellement à faire selon votre situation. Sans promettre de remplacer un comptable, mais pour que vous arriviez chez lui avec les bonnes questions.
Ce qu'est la TVA dans le contexte du dropshipping
La taxe sur la valeur ajoutée est une taxe sur la consommation perçue à chaque étape de la chaîne commerciale. En dropshipping, la chaîne va du fournisseur étranger (souvent en Chine) à votre client final en France ou en Europe.
Le problème spécifique au dropshipping : qui paie la TVA, à quel moment, et sur quelle valeur ? C'est là que ça se complique, parce qu'il y a deux types de transactions dans un seul achat :
- La vente que vous faites à votre client (TVA française applicable si le client est en France)
- L'importation du colis depuis l'étranger (TVA à l'importation si la marchandise entre dans l'UE)
Depuis la réforme de juillet 2021, il n'y a plus d'exemption de TVA sur les petits colis importés. La franchise automatique sous 22 euros a été supprimée. La TVA s'applique dès le premier centime de valeur.
Votre situation selon votre statut
Vous êtes en franchise en base de TVA (micro-entrepreneur sous les seuils)
En tant que micro-entrepreneur, vous bénéficiez de la franchise en base de TVA tant que votre chiffre d'affaires reste sous 91 900 € pour la vente de marchandises (seuil 2024-2026, à vérifier chaque année). En dessous de ce seuil, vous ne facturez pas de TVA à vos clients et vous ne la déclarez pas.
Ce n'est pas un avantage absolu. Ça veut dire aussi que vous ne récupérez pas la TVA sur vos dépenses professionnelles (Shopify, publicités, outils...). Et surtout, ça ne règle pas la question de la TVA à l'importation.
Ce que vous devez savoir : la franchise en base concerne la TVA sur vos ventes. Elle ne dispense pas automatiquement de toute obligation liée à la TVA à l'importation des marchandises. Quand votre fournisseur envoie un colis depuis la Chine, de la TVA peut s'appliquer à l'entrée dans l'UE. La question est : qui la paie et comment ?
Vous avez dépassé les seuils ou êtes en société
Si vous avez dépassé le seuil de franchise ou si vous avez créé une société (SASU, EURL, SAS...), vous êtes assujetti à la TVA. Vous facturez la TVA à vos clients français (20 % en général), vous la déclarez et vous la reversez à l'administration. En échange, vous pouvez déduire la TVA que vous avez payée sur vos achats professionnels.
La déclaration se fait mensuellement ou trimestriellement selon votre régime.
La TVA à l'importation : le cas du dropshipping classique depuis la Chine
C'est le point le moins bien compris et le plus important depuis 2021.
Quand votre fournisseur envoie un colis depuis la Chine (ou tout autre pays hors UE) à votre client, ce colis passe la douane à l'entrée dans l'Union européenne. La TVA s'applique dès le premier euro de valeur déclarée depuis juillet 2021, quel que soit le montant du colis.
Deux cas de figure selon la valeur du colis
Colis d'une valeur inférieure à 150 euros :
C'est la majorité des envois en dropshipping classique. Depuis 2021, le régime IOSS (Import One-Stop Shop) a été créé pour gérer ces petits colis. Si votre fournisseur utilise l'IOSS ou si vous avez votre propre numéro IOSS, la TVA est collectée au moment de la vente et le colis passe la douane sans frais supplémentaires pour le client.
Si vous n'utilisez pas l'IOSS et que votre fournisseur non plus, la TVA est collectée à la livraison par le transporteur. Résultat : votre client reçoit une facture surprise de quelques euros pour récupérer son colis. C'est l'une des premières causes de litiges et de mauvaises notes en dropshipping.
Pour comprendre en détail comment fonctionnent l'IOSS et l'OSS, consultez notre guide sur les guichets uniques TVA en dropshipping.
Colis d'une valeur supérieure à 150 euros :
Le régime IOSS ne s'applique plus. La TVA à l'importation est due dans le pays d'entrée dans l'UE selon les règles douanières classiques. Si le colis est importé en France pour être livré en France, c'est la TVA française à l'importation. Si vous êtes assujetti à la TVA, vous pouvez en théorie la déduire — mais ça suppose que la facture soit à votre nom et non à celui du client.
En pratique, sur les colis de plus de 150 euros, le dropshipping classique (expédié directement de Chine au client final) devient très compliqué à gérer fiscalement. Les professionnels qui font du « high ticket » en dropshipping passent souvent par un agent ou un entrepôt intermédiaire pour mieux contrôler le flux douanier.
Le rescrit BOFiP de mars 2026 : ce qui a changé
En mars 2026, l'administration fiscale française (BOFiP) a publié un rescrit qui clarifie les règles pour les dropshippers qui n'utilisent pas l'IOSS.
La précision centrale : quand la valeur déclarée en douane est inférieure à la valeur réelle de transaction (ce qui arrive quand le fournisseur sous-déclare le colis), la responsabilité du complément de TVA incombe au vendeur (le dropshipper), pas au client ni au transporteur.
En clair : si votre fournisseur chinois met 3 euros sur le colis et que le colis vaut en réalité 30 euros, vous pouvez avoir à payer la différence de TVA. Et pour les marchandises qui transitent par la France avant d'aller dans un autre pays de l'UE, les règles de territorialité s'appliquent aussi.
Ce n'est pas un durcissement spectaculaire, mais c'est une confirmation que l'administration s'intéresse de plus près à ce modèle. Les dropshippers qui fonctionnent à grande échelle avec des fournisseurs qui sous-déclarent les colis prennent un risque réel.
La bonne pratique : demandez à vos fournisseurs de déclarer la valeur réelle, et utilisez l'IOSS ou un agent qui gère correctement la TVA à l'importation.
OSS : quand vous vendez dans plusieurs pays de l'UE
Si vous vendez à des clients dans d'autres pays de l'Union européenne (Belgique, Espagne, Allemagne...) et que votre chiffre d'affaires de ventes à distance intracommunautaires dépasse 10 000 euros par an, vous devez appliquer la TVA du pays de votre client.
L'OSS (One-Stop Shop) vous permet de faire une seule déclaration pour tous ces pays, depuis le portail français, plutôt que de vous immatriculer dans chaque pays. C'est une simplification administrative, pas une taxe supplémentaire.
Si vous vendez uniquement en France, l'OSS ne vous concerne pas. Si vous vendez principalement à des clients français mais commencez à avoir quelques commandes belges ou espagnoles, surveillez le seuil de 10 000 euros.
Tableau de synthèse : qui est concerné par quoi
| Situation | TVA sur ventes | TVA import (colis < 150 €) | OSS |
|---|---|---|---|
| Micro-entrepreneur sous seuils | Non facturée | Peut s'appliquer selon fournisseur | Non (sauf si > 10 000 € en UE) |
| Micro-entrepreneur dépassant les seuils | Oui, 20 % | Oui, à déclarer | Oui si > 10 000 € en UE |
| Société assujettie | Oui, 20 % | Oui, récupérable si à votre nom | Oui si > 10 000 € en UE |
| Vendeur avec IOSS | Variable | TVA collectée à la vente via IOSS | Complémentaire |
Ce tableau est indicatif. Votre situation exacte dépend de votre statut, de votre CA et de vos pays de vente. Consultez un comptable pour valider.
Les erreurs les plus courantes
Penser que « je suis micro, donc je n'ai rien à faire » : la franchise en base vous dispense de facturer et de reverser la TVA sur vos ventes, pas de toute problématique TVA à l'importation. Si votre fournisseur ne gère pas l'IOSS, vos clients paient des frais à la livraison.
Ignorer le seuil de 10 000 euros : si vous vendez à des clients européens hors France et que votre volume dépasse ce seuil, vous avez des obligations OSS. Pas grave si vous vous inscrivez vite, mais à surveiller.
Confondre TVA et impôt sur le revenu : ce sont deux choses différentes. La TVA concerne les transactions commerciales. L'impôt sur le revenu concerne votre bénéfice personnel. En micro-entreprise, vous déclarez votre chiffre d'affaires au barème des BIC (bénéfices industriels et commerciaux), et le fisc applique un abattement de 71 % pour la vente de marchandises.
Accepter que le fournisseur sous-déclare les colis : c'est illégal, ça peut créer des litiges douaniers, et depuis le rescrit mars 2026, le risque se reporte sur vous. Ne demandez pas à votre fournisseur de marquer « gift » ou de mettre 5 euros sur un colis de 60 euros.
Ne pas garder les justificatifs : conservez les factures de vos fournisseurs (même en anglais ou en mandarin, elles peuvent être traduites), les confirmations de commande, les preuves d'expédition. En cas de contrôle fiscal, vous aurez besoin de retracer chaque transaction.
Comment bien s'organiser dès le départ
Voici ce qui évite 80 % des problèmes fiscaux en dropshipping :
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Choisissez un fournisseur qui gère l'IOSS. CJ Dropshipping, BigBuy, Spocket : la plupart des grandes plateformes sérieuses ont mis en place des solutions. Vérifiez lors de votre inscription.
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Ouvrez un compte bancaire pro séparé dès le premier euro. Mélanger revenus perso et pro, c'est le chemin le plus rapide vers un cauchemar comptable.
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Notez chaque dépense : Shopify, publicités, nom de domaine, applications, factures fournisseurs. Si vous êtes assujetti à la TVA, vous les récupérerez. Si vous êtes en micro, ça vous donne une vision de vos vrais coûts.
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Consultez un expert-comptable dès que vous commencez à générer des revenus réguliers. La plupart des comptables qui connaissent l'e-commerce peuvent vous mettre en place pour 500 à 1 500 € par an, tout compris. Ça vaut largement le coût si ça vous évite un redressement.
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Suivez les mises à jour BOFiP. La réglementation évolue. Le rescrit de mars 2026 en est un exemple. Les sources sérieuses qui couvrent ce sujet : Dougs, Clementine, Socic, LégiFiscal.
FAQ
Est-ce que je dois facturer la TVA à mes clients si je suis auto-entrepreneur ? Non, tant que vous êtes sous le seuil de franchise (91 900 € pour la vente de marchandises). Vous mettez « TVA non applicable, article 293 B du CGI » sur vos factures. Au-delà de ce seuil, vous devez facturer la TVA.
Mon fournisseur chinois ne paie pas de TVA, est-ce que je dois en payer une ? La TVA due en France n'est pas liée au fait que votre fournisseur soit ou non assujetti. C'est la vente à votre client français qui crée l'obligation. Si vous êtes en franchise de base, vous ne la facturez pas. Si vous êtes assujetti, vous devez la facturer et la reverser.
Qu'est-ce que l'IOSS et est-ce obligatoire ? L'IOSS est un guichet optionnel qui permet de collecter la TVA à la vente pour les colis importés de moins de 150 euros. Il n'est pas obligatoire, mais son absence signifie que la TVA sera collectée à la livraison, ce qui crée des frais surprise pour vos clients. Pour les plateformes comme Etsy ou Amazon, l'IOSS est géré directement par la plateforme. Pour votre boutique Shopify, il faut s'en charger ou passer par un intermédiaire.
Mon fournisseur sur AliExpress est-il enregistré à l'IOSS ? AliExpress en tant que plateforme est enregistré à l'IOSS pour les ventes passant par sa marketplace. Mais en dropshipping classique via AliExpress (commandes passées depuis votre boutique Shopify et expédiées directement par le vendeur AliExpress), c'est plus complexe. Renseignez-vous auprès de votre agent ou de DSers/Oberlo alternatives sur la gestion IOSS spécifique à votre flux.
Que se passe-t-il si je ne déclare pas mes revenus dropshipping ? L'administration fiscale dispose de moyens de plus en plus efficaces pour détecter les revenus non déclarés : les plateformes de paiement (Stripe, PayPal) communiquent les flux importants. Les risques sont un redressement fiscal avec pénalités et intérêts de retard. Mieux vaut déclarer, même modestement, que d'attendre un contrôle.

Frank Houbre
Frank Houbre est entrepreneur digital depuis plus de dix ans, fondateur de BusinessDynamite. Il partage des méthodes concrètes et des avis honnêtes sur le business en ligne, l'e-commerce, le dropshipping, le marketing et les vraies façons de gagner de l'argent, sans fausses promesses. Il s'intéresse aussi à l'IA comme outil au service du business, et a été récompensé aux Seoul International AI Film Festival et Mondial Chroma Awards pour ses créations IA.
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