Impôts sur la cryptomonnaie en France : tout ce qu'il faut déclarer (et comment)
PFU 30 %, formulaire 2086, 3916-bis, staking, DeFi, NFT : le guide complet sur la fiscalité crypto en France. Ce qui est taxable, ce qui ne l'est pas, et les erreurs qui coûtent cher.

La fiscalité crypto en France est plus simple qu'on ne le croit, mais moins simple qu'on ne l'espère. La majorité des investisseurs particuliers payent trop (en déclarant des événements non imposables) ou pas assez (en oubliant des cessions imposables). Ce guide explique le régime légal en vigueur, les cas limites, et comment s'organiser pour ne pas avoir de mauvaises surprises.
Note préliminaire : ce guide reflète la législation française en vigueur au moment de sa rédaction. Les règles fiscales crypto évoluent régulièrement — en cas de doute sur ta situation, consulte un comptable spécialisé.
Le régime général : le PFU à 30 %
Depuis la loi de finances 2019 (applicable pour les revenus 2019 et suivants), les plus-values sur cessions d'actifs numériques réalisées par des particuliers en France sont soumises au Prélèvement Forfaitaire Unique (PFU) de 30 %.
Ce taux de 30 % se décompose ainsi :
- 12,8 % d'impôt sur le revenu
- 17,2 % de prélèvements sociaux (CSG/CRDS)
Il existe une option pour le barème progressif de l'impôt sur le revenu si elle est plus avantageuse pour toi (pour des personnes avec de faibles revenus globaux), mais la grande majorité des investisseurs crypto reste au PFU.
Le seuil d'exonération : si tes plus-values nettes totales sur l'ensemble de tes actifs numériques ne dépassent pas 305 euros sur une année, tu es totalement exonéré d'impôt. En dessous de ce seuil, tu n'as pas d'impôt à payer — mais conserver un historique de tes transactions reste recommandé.
Ce qui est taxable : l'événement de cession
Le principe fondamental : tu n'es imposé qu'au moment où tu convertis tes crypto en euros (ou en toute autre devise fiat), ou quand tu les utilises pour acheter un bien ou un service.
Événements taxables :
- Vente de crypto contre des euros sur un exchange
- Virement de crypto vers ton compte bancaire (via exchange)
- Paiement d'un bien ou service en crypto
- Échange de crypto contre une autre devise fiat (dollar, livre sterling...)
Depuis la loi de finances 2024 : les échanges crypto-to-crypto (par exemple échanger de l'ETH contre du SOL) ne sont plus imposables pour les particuliers. C'est une clarification majeure qui simplifie la vie des traders actifs.
L'idée clé : tant que ton argent reste "dans l'écosystème crypto", tu ne dois pas d'impôt. L'imposition intervient uniquement quand tu sors du système.
Ce qui n'est PAS taxable
Cette liste évite des erreurs coûteuses :
- Échanges crypto-to-crypto (ETH contre BTC, SOL contre MATIC, etc.) — exonérés depuis 2024
- Simple transfert d'un wallet à un autre wallet que tu contrôles
- Achat de crypto avec des euros (ce n'est pas une cession, c'est une acquisition)
- Réception de crypto en donation (la donation elle-même a ses propres règles, mais ce n'est pas une plus-value)
Le formulaire 2086 : comment calculer sa plus-value
Le calcul de la plus-value imposable en France utilise une méthode de portefeuille global, différente du calcul par trade que beaucoup anticipent.
La formule : Plus-value = Prix de cession - (Prix total d'acquisition du portefeuille × Valeur des actifs cédés / Valeur totale du portefeuille au moment de la cession)
En d'autres termes, on calcule la fraction de ton portefeuille total que représente cette vente, et on applique cette fraction à ton prix de revient total.
Exemple simplifié :
- Tu as dépensé 10 000 € en crypto en tout
- Ton portefeuille vaut aujourd'hui 30 000 €
- Tu vends des crypto pour 6 000 €
- La vente représente 6 000 / 30 000 = 20 % de ton portefeuille
- Le coût d'acquisition correspondant : 20 % × 10 000 = 2 000 €
- La plus-value imposable : 6 000 - 2 000 = 4 000 €
- Impôt : 4 000 × 30 % = 1 200 €
Cette méthode est calculée dans le formulaire 2086, à joindre à ta déclaration de revenus. Tu dois le remplir pour chaque cession taxable de l'année.
Le formulaire demande :
- La fraction de capital initial utilisée
- Le prix d'acquisition de la fraction cédée
- Le prix de cession
- La plus-value ou moins-value résultante
- La plus-value nette totale (somme de toutes les cessions)
Les moins-values d'une année s'imputent sur les plus-values de la même année, mais ne sont pas reportables sur les années suivantes.
Le formulaire 3916-bis : déclaration des comptes étrangers
C'est la partie que le plus de gens oublient, et pourtant les pénalités sont sévères.
Si tu détiens un compte sur un exchange étranger (Binance, Kraken, Coinbase, OKX, Bybit, et la grande majorité des plateformes), tu dois déclarer ce compte chaque année via le formulaire 3916-bis, même si tu n'as réalisé aucune transaction.
Les pénalités en cas d'oubli :
- 750 euros par compte non déclaré
- 125 euros par omission sur le relevé 3916-bis
- En cas de fraude délibérée, les sanctions peuvent aller beaucoup plus loin
Exchanges français régulés (PSAN puis PSCA) comme Coinhouse, StackinSat ou Bitvavo (siège en UE) peuvent avoir un régime différent — vérifie leur statut réglementaire.
Les cas particuliers
Le staking
Les récompenses de staking (ETH sur Lido, SOL sur un validateur, etc.) sont imposées comme des bénéfices non commerciaux (BNC) au moment de leur réception, selon leur valeur en euros à cet instant. Puis si tu les revends ultérieurement, la plus-value entre le prix de réception et le prix de vente est imposée selon le régime général.
Le minage
Les revenus du minage sont également traités comme des BNC (ou en BIC si c'est une activité professionnelle). La valeur des crypto minées au moment de leur réception est imposable, et la revente ultérieure crée une plus-value supplémentaire.
La DeFi et le yield farming
C'est la zone la moins clarifiée à ce jour. Les intérêts perçus sur un protocole de lending (Aave, Compound) ou les récompenses de liquidité sont généralement traités comme des BNC. Les échanges dans des pools de liquidité (apport et retrait) sont des points qui restent techniquement flous dans la loi française.
La prudence conseille de documenter toutes les entrées/sorties DeFi avec leur valeur en euros à chaque événement. En cas de contrôle, c'est toi qui devras prouver ton historique.
Les NFT
La cession d'un NFT contre des euros est taxable au régime général (PFU 30 %). L'échange NFT contre NFT est en zone grise, mais la tendance interprétative est à l'assimilation à un échange crypto-to-crypto (non taxable depuis 2024). La créaton et la vente de NFT par un artiste peuvent relever des BNC ou BIC.
Les airdrops
Les tokens reçus gratuitement via airdrop sont techniquement des revenus à la réception. La valeur marchande au moment de la réception est imposable. Mais si le token ne vaut rien au moment de l'airdrop, la base imposable est nulle. La vente ultérieure crée une plus-value par rapport à cette valeur initiale (souvent zéro).
Les outils pour simplifier
Calculer la méthode de portefeuille global manuellement sur des centaines de transactions est un cauchemar. Des logiciels font ce travail automatiquement en important tes historiques d'exchange :
| Outil | Exchanges supportés | Tarif moyen |
|---|---|---|
| Waltio | Binance, Kraken, Coinbase, 50+ autres | ~50-100 €/an |
| Koinly | 700+ exchanges | ~50-200 €/an |
| CoinTracking | 300+ exchanges | ~150-400 €/an |
| CryptoTaxCalculator | Large coverage | ~100-200 €/an |
Ces outils génèrent le formulaire 2086 pré-rempli. Ils ne font pas toujours des miracles sur les transactions DeFi complexes, mais pour du trading classique ils sont fiables.
Important : exporte et conserve tous tes historiques d'exchange. Les exchanges ferment parfois, perdent des données, ou rendent les exports compliqués après plusieurs années. Conserve une copie locale de tous tes CSV.
Les erreurs les plus communes
Confondre cession imposable et échange crypto-to-crypto. Avant la réforme 2024, les traders actifs accumulaient parfois des impositions fictives sur des swaps. Depuis 2024, seules les sorties en fiat comptent.
Ignorer la règle des 305 euros. Le seuil s'applique aux plus-values nettes annuelles, pas à chaque transaction. Si tu as gagné 1 000 € sur une vente mais perdu 800 € sur une autre, ton plus-value nette est 200 € — en dessous du seuil, tu n'es pas imposable.
Ne pas déclarer le 3916-bis. Cette omission est indépendante de l'imposition des gains. Tu peux avoir fait zéro transaction et être quand même en infraction si tu n'as pas déclaré tes comptes étrangers.
Perdre son historique d'achats. Sans prix d'acquisition, tu ne peux pas calculer ta plus-value. Et l'administration fiscale utilisera alors la valeur zéro comme prix d'achat, ce qui maximise ton impôt.
Croire que les exchanges ne transmettent pas d'infos. La directive européenne DAC8, en cours de déploiement, impose aux plateformes crypto de transmettre les données de leurs clients aux autorités fiscales de l'UE. La fenêtre de discrétion se ferme.
FAQ
Je n'ai pas déclaré mes gains crypto les années passées. Que faire ? La régularisation spontanée via le service de traitement des déclarations fiscales (STDR ou via ta messagerie impots.gouv.fr) est toujours préférable à une découverte lors d'un contrôle. Les pénalités sont plus faibles en cas de régularisation volontaire. Consulte un avocat fiscaliste si les montants sont significatifs.
Je détiens des crypto depuis 5 ans sans jamais vendre. Dois-je déclarer quelque chose ? Non. Tant que tu n'as réalisé aucune cession imposable (vente contre euros ou achat de bien/service), tu n'as rien à déclarer au titre des plus-values. Le 3916-bis pour les comptes étrangers reste obligatoire.
Si je transfère mes crypto d'un exchange vers mon hardware wallet, c'est imposable ? Non. Un transfert entre deux wallets que tu contrôles n'est pas une cession. C'est une opération interne à ton patrimoine.
Est-ce que les pertes crypto sont déductibles ? Les moins-values d'une année peuvent être imputées sur les plus-values de la même année. Mais elles ne sont pas reportables sur les années suivantes, contrairement aux moins-values sur valeurs mobilières classiques.
À partir de quel montant risque-t-on un contrôle fiscal ? Il n'y a pas de seuil officiel. Des mouvements bancaires inhabituels (virements importants depuis un exchange) peuvent déclencher une demande de justification. L'administration dispose d'outils de croisement de données de plus en plus sophistiqués.

Frank Houbre
Frank Houbre est entrepreneur digital depuis plus de dix ans, fondateur de BusinessDynamite. Il partage des méthodes concrètes et des avis honnêtes sur le business en ligne, l'e-commerce, le dropshipping, le marketing et les vraies façons de gagner de l'argent, sans fausses promesses. Il s'intéresse aussi à l'IA comme outil au service du business, et a été récompensé aux Seoul International AI Film Festival et Mondial Chroma Awards pour ses créations IA.
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